La place des Dames à Vittel
La Place des Dames à Vittel se trouve au centre historique de la ville, du coté de Grand Ban, presque en face de l’église St. Rémy et à deux pas de l’ancienne mairie.
Mais qui sont ses Dames en honneur de qui on a appelé cette place ? Pour connaître la réponse il faut remonter le temps jusqu’au VII siècle.
A cette époque future Saint mais pour le moment seigneur Romaric (ou Romary, ou Remiré) est un père de famille, courtisan du roi d’Austrasie Théodebert, un homme de haut rang, aristocrate de la cour de Metz, riche et influant. Pourtant la disgrâce, des complots et d’autres sombres revers de la cour convainquent lui de l’instabilité des choses humaines et civiles. Déjà très pieu il se tourne vers la vie monastique, deviens moine et fonde en 620 avec Saint Amé un monastère double au Saint –Mont dans les Vosges. Les moines se trouvent au bas de la montagne, religieuses au sommet (leur couvent est fondé par deux filles de Saint Romaric). Devenant moine, ancien seigneur fait un don au monastère de son patrimoine et Vittel en fait partie.
Lorsque Amé, le premier abbé meurt en 629, Romaric lui succède jusqu’à sa mort en 653. C'est à cette date que l'ancien mont "Abend des Romains" prend le nom de Romarici Mons" (montagne de Romary ou St Mont). C'est ce nom de Romarici Mons qui donnera le nom à la ville qui va se créer au pied de la montagne sacrée.
Les religieuses obéirent à la dure Règle de Saint Colomban pendant deux siècles avant d’adopter une règle plus souple, celle de Saint Benoît. Ce changement d’obédience s’accompagna du déménagement des moniales. En 818, elles quittèrent le Saint-Mont, ce lieu d’accueil devenu à la fois trop petit pour accueillir une communauté croissante et sur lequel les conditions de vie étaient trop difficiles.
Les moniales s’établissent dans la vallée. Un petit bourg va se développer autour du nouveau monastère.
Progressivement, à partir du XII siècle, elles vont s'affranchir de la règle religieuse qui les gouverne. Le monastère va se transformer en un chapitre de dames nobles où, il était possible à tout moment de quitter la ville pour vivre dans le monde ou se marier. Chaque dame vivait dans une maison particulière. Le Chapitre de Remiremont était l'un des 4 chapitres de Lorraine mais il était le plus distingué.
L'abbesse, qui régnait sur les chanoinesses
portait le titre de Princesse d'Empire, car l'abbaye relevait directement du Saint-Empire Romain Germanique. Quant au pouvoir spirituel, seul le Pape avait droit de juridiction sur l'abbaye.
L'abbesse était aimée, respectée et régnait en véritable maîtresse de la cité. Elle vivait dans le Palais abbatial,
qui aujourd'hui appartient à la ville de Remiremont.
Les chanoinesses ou « les nobles dames » ont été choisi parmi celles qui pouvaient fournir la preuve de leur ascendance noble, avec quatre lignes de noblesse maternelles et quatre paternelles soit seize quartiers de noblesse qui ajoutés les uns aux autres en faisaient soixante-quatre au total. C'est pour la noblesse de la région comtoise, bourguignonne et lorraine un honneur d'avoir une fille chanoinesse.
Etant comblées de biens par les ducs de Lorraine , les rois de France et les empereurs germaniques les dames acquirent une grande puissance. Le chapitre possède beaucoup de terres, un patrimoine énorme, des richesses considérables.
L'autorité spirituelle et temporelle de l'abbaye s'étendait sur un territoire de 78 paroisses et 74 seigneuries, et comme l'écrit le chanoine Lévêque, il faisait bon, très bon vivre sous la crosse des Dames de Remiremont.
Le chapitre était une sorte de maison d'éducation au XVIIIème siècle pour les jeunes filles de haute noblesse issues de Lorraine, de France, de Franche Comté, d’Alsace et du Saint Empire. Les chanoinesses développaient la culture agricole sur leur terres, favorisaient l’éducation, protégeaient leurs sujets des envahisseurs et des injustices, participaient en amélioration du cadre de vie des habitants de Remiremont (construction d’un hôpital, l’école pour les filles, d’un réseau d'égout de la ville). Elles ont donné plus de droits a leur sujets, plus d’autonomie aux communes et cela depuis 1472 quand la déclaration authentique des droits des sujets du chapitre a été signée.
Par ses sages directives, l’abbesse Barbe de Salme protège la ville de l'épidémie de peste de 1588.
L’Abbesse Catherine de Lorraine, fille du duc Charles III le Grand défend avec succès ses terres et leur population pendant la Guerre de Trente ans allant jusqu'à faire accepter et respecter par le roi de France et le duc de Lorraine la neutralité des villes vosgiennes.
A Marie-Christine de Saxe la ville doit le classement des archives du chapitre et la mise en chantier de la reconstruction de l'église capitulaire.
Les Grandes dames géraient leur patrimoine avec beaucoup d’adresse, mais elles ne pouvaient pas faire cela toutes seules.
Alors pour administrer les biens du temporel, l'abbesse et les Dames avaient à leur disposition quatre grands officiers qui géraient leurs biens. Le plus important était le Grand Prévôt, il était le représentant légal du chapitre et administrait onze seigneuries et deux doyennés. Venait en second le Grand chancelier qui avait la charge de seize bans. Puis Petit Chancelier qui gérait quatorze petites seigneuries et enfin le Grand Sonrier qui percevait certaines redevances.
A Vittel les Dames chanoinesses avaient un pied-à-terre pour leur chancelier.
Le Duc de Lorraine, en qualité de voué du Chapitre jouissait d’une partie des territoires concédés, ce qui plus tard amena au partage de la souveraineté qui divisa Vittel en deux seigneurie ou « ban », le « grand ban » relevant du Chapitre (sur la rive gauche du Vair, ou se trouve la place des Dames) et le « petit ban », sur la rive droite, appartenant aux ducs de Lorraine. Des conflits réguliers entre l'abbaye et les ducs de Lorraine débutent en 1132 et perdurent jusqu’au 1565. Plusieurs ducs ont été même excommuniés par les Papes.
Ferry III, duc de Lorraine de 1251 à 1303, a été excommunié à deux reprises et a été menacé d'une troisième excommunication. Alors que sa mère était régente, elle avait pris parti pour les bourgeois de Toul en révolte contre leur évêque, avec l'idée de prendre le contrôle de Toul ; elle a été excommuniée ainsi que son fils Ferry III. Cette excommunication a été levée au décès de la duchesse (1255).
Le 29 juillet 1267, il est excommunié par le pape Clément IV : dans ses querelles avec l'évêque de Metz, ses troupes avaient causé des dommages sur les terres de l'abbaye de Remiremont, et malgré les protestations des abbesses, Ferry III ne réparait pas ses torts.
En février 1283, il est menacé d'excommunication : à la mort d'Agnès de Salm, abbesse de Remiremont 1242-1280, il profite des querelles entre les franc-comtoises et les lorraines de l'abbaye de Remiremont pour entreprendre la construction d'une forteresse à Plombières sur des terres appartenant exclusivement à l'abbaye. Les abbesses s'en plaignent au pape et celui-ci menace Ferry III d'excommunication s'il ne répare pas ses torts.
Ces conflits ont reflétés par la rivalité du grand ban et du petit ban à Vittel sensiblement atténués par l’ouvre de toute une vie de l’abbé Chapiat au XIX siècle.
La Révolution en 1789 entraîna l’abolition des privilèges et des droits seigneuriaux décidés par l’Assemblée, puis, le décret du 13 février 1790 décida de la suppression des Monastères. Le Chapitre perdit alors son droit d’existence légale et les chanoinesses furent obligées de partir. Âpres 11 siècles d’existence l’église ferma ses portes.
Heureusement les traces de ce glorieux passé des Grands Dames sont encore visibles à Remiremont, ou on peut admirer l’église Abbatiale, le Palais de l’Abbesse et les maisons des chanoinesses sur la place de Mesdames. A Vittel il nous reste un nom, le nom de la place des Dames.
| Février 2012 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | ||||||
| 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | ||||
| 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | ||||
| 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | ||||
| 27 | 28 | 29 | ||||||||
|
||||||||||
Derniers Commentaires